Avant-propos
Il existe des moments dans l’histoire où écrire n’est plus un choix, mais une nécessité. Nous traversons l’un de ces moments.
Depuis la révolution tunisienne de 2010–2011, notre espace public s’est ouvert, fragmenté, saturé, parfois déformé. L’information circule plus vite que la pensée. L’opinion précède souvent l’analyse. Le bruit menace de recouvrir le sens. Dans ce contexte, fonder un journal numérique n’est pas créer un simple support de diffusion : c’est instituer un lieu.
Un lieu de rigueur.
Un lieu de débat argumenté.
Un lieu de responsabilité intellectuelle.
Ce journal est né d’une conviction : la transformation sociale ne peut se produire sans une architecture du discours. Comme tout projet architectural, un projet éditorial exige fondations, structure et horizon. Il requiert méthode, éthique et vision.
Nous refusons la réaction immédiate comme seul mode d’expression. Nous privilégions l’enquête, la contextualisation, l’adossement aux travaux scientifiques et aux données vérifiables. Notre ambition est de contribuer à une culture publique éclairée, capable de relier les questions urbaines, sociales, écologiques, économiques et culturelles.
Car l’espace que nous habitons — villes, quartiers, territoires — est indissociable des récits que nous produisons. Les crises contemporaines ne sont pas uniquement financières ou institutionnelles ; elles sont également narratives. Repenser la cité suppose de repenser le langage qui la décrit.
Ce journal s’inscrit ainsi dans une triple exigence :
- Exigence critique : interroger les évidences, déconstruire les simplifications, analyser les politiques publiques à la lumière des travaux scientifiques reconnus.
- Exigence citoyenne : considérer l’architecture, l’urbanisme et la culture comme des leviers de transformation sociale.
- Exigence prospective : anticiper les mutations à venir — climatiques, technologiques, démographiques — afin de ne pas les subir.
Nous ne prétendons pas détenir des certitudes. Nous affirmons en revanche une méthode : croiser les disciplines, citer les sources académiques, confronter les points de vue, assumer la complexité.
Écrire aujourd’hui, c’est résister à l’appauvrissement du débat.
Publier, c’est prendre position pour l’intelligence collective.
Construire un journal, c’est bâtir un espace commun.
Que ce lieu soit un pas — une khatwa — vers une parole plus exigeante, plus libre et plus responsable.